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J’ai écrit ce texte pour m’apaiser, pour comprendre comment de si petites choses ont pu m’atteindre aussi fort. Heureusement, l’inverse est aussi vrai (de gros problèmes peuvent glisser sur moi sans m’atteindre ni laisser de traces). Je l’ai écris pour “justifier” aussi que des mois de mal-être ne peuvent pas se résumer en un “nan mais c’était rien en fait”. Spéciale dédicace à tous celleux qui m’ont hébergée, rassurée et écoutée !

J’adore vivre seule, j’adore mon studio de Saint Gilles. C’est mon cocon, mon antre, mon nid. Je passe mes journées entourée de gens, alors quand je rentre le soir j’aime savourer quelques minutes de silence dans mon canapé. Je mets de la musique, je me prépare un bon petit plat, je lis, je regarde un film ou je fais autre chose. C’est à ça que ressemblent beaucoup de mes soirées, mes délicieuses soirées.

Ces derniers temps j’aime tellement être seule que je vadrouille en solo à gauche à droite. Parfois je rencontre des gens, parfois pas. À chaque fois, je retrouve cette paix intérieure, je suis plus présente, plus consciente de ce qui m’entoure et plus attentive à ce que je vis. Lors d’une balade en solitaire, j’observe la vie, je constate un million de choses. J’écris aussi. La première fois que j’ai découvert cette douce solitude, c’était en Équateur. J’ai réfléchi à cette sensation depuis et j’ai posé un mot dessus : liberté.

J’ai ramenée ma nouvelle sensation avec moi en Europe. Mais j’ai aussi ramené quelque chose d’autre : un tout petit nuisible hébergé dans mon estomac, une bactérie avec un nom d’hélicoptère sur pilotis. Beaucoup de gens ont ça, c’est pas la *faim* du monde. Ça commence par le vin rouge, puis les jus de fruits rouges. Trop acides, mais on s’en passe en fait. Ce sont encore les beaux jours, j’ai la tête en Équateur, alors ça m’importe peu. Puis à ce moment-là je suis en train d’essayer de me débarrasser des moucherons dans ma cuisine et des champignons dans mes plantes. Je n’ai pas conscience qu’il y a un troisième nuisible quelque part.

Puis ça a été le chocolat. Coup dur. Puis les soupers trop tard, trop ceci, trop cela. Puis les nausées en chambre noire. Puis la visite chez le médecin parce qu’après 4 mois et l’épisode de la chambre noire tu te dis que c’est vraiment pas normal. Puis c’est la petite caméra qui va voir dans ton œsophage si tout va bien. On prend des petits bouts pour voir si ça s’empire. Moi je prends des petites pilules pour voir si ça va mieux. C’est pas grave, qu’elle me dit, c’est juste embêtant. Ses petites pilules me rendent malade. L’hélicoptère sur pilotis arrive sur la table de ma docteure.

Ma table à moi à ce moment-là est remplie de casseroles vides et de bouteilles. Il y a des bruits derrière la cuisinière. Des petites bébêtes plus grandes, un quatrième nuisible. On dirait pas comme ça mais la bête a beaucoup de *poings* communs avec l’hélico. Elles s’infiltrent partout, elles sont tenaces, et elles reviennent.

C’est là que mon petit nid douillet se transforme en cage. Une cage dans laquelle on m’a enfermée avec un animal qui m’effraie. Je cherche dans ma tête et dans mes tripes la raison de cette phobie soudaine. J’essaie de mettre des choses en place. J’ai peur quand même. Je veux fuir quand même. Il est deux heures du matin, c’est mon anniversaire et je pleure au téléphone avec mon père car je n’en peux plus des petites pattes qui se baladent je ne sais où. Leurs bruits me tiennent éveillée. J’ai pas le temps de rêver que le cauchemar commence.

Mon père (ce héros) calfeutre la boîte où je vis pour les empêcher d’entrer. Puis je reçois plein de pilules de ma docteur. Il faut tuer l’hélico. Je ne mange plus de chocolat, je ne bois plus de vin, plus de café, je ne mange plus de sucre. Elle me demande de ne plus manger de produits laitiers non plus. De prendre mes trois pilules toutes les 12h, à la même heure. 8:30 – je prends mon trio en sortant de chez moi, tant pis je mangerai à ma pause de 10:30. 20:30 – je sors de la salle de concert pour craquer les emballages. Tous les jours je passe du convexe au concave. Dans le tram, à la piscine, au réveil. Je mange du pain trempé dans de l’huile d’olive, de la compote et des bananes.

Les bruits persistent. Je sais où elles vont mais ne sais pas d’où elles viennent. Vivre seule devient proche du cauchemar. Un jour je dors chez un.e pote, un jour j’en convainc un.e autre de dormir chez moi. Parfois la présence m’apaise et je dors. Parfois pas. Chaque bruit de patte me réveille. Je n’ai pas de portes pour nous isoler du bruit, de leur présence, de ma peur. Je pourrais m’isoler les oreilles mais ça ne fonctionne pas : au moindre bruit je sursaute. Je suis aux aguets. Je suis parano, j’entends des souris partout.

Un jour je mange des boulettes au curry et mon estomac se fâche. Je prends pourtant mes triples gélules. Un faux pas, je paye l’amende. Il y a une boule qui grossit dans mon ventre. La bactérie l’adore, c’est de l’anxiété paranoïaque en vrac. Cinquième nuisible.

Les nuisibles ne partent pas. Ils viennent surtout la nuit et me hantent le jour. Moi je vadrouille entre les amis, j’appelle des gens et j’enchaine les visites à domicile. Je balade mes sacs à gauche à droite. Dans mon sac y a mes histoires de souris, mes nausées, mes peurs et ma gêne. Ma liberté quant à elle est restée coincée à l’intérieur de mon appartement, derrière mes meubles et dans mon estomac.

J’erre dans Bruxelles à défaut de rêver dans mon espace vital. La solitude libérée que je vivais avant s’est faite kidnappée.

J’ai un fantôme dans la tête.