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Je suis de la génération qui a grandi avec Internet, qui a vu les écrans proliférer de la télévision à l’omniprésence des objets connectés. J’ai repensé à toutes ces expériences technologiques qui ont scandées ma vie, et comment elles l’avaient influencée. Voici, en vrac, quelques moments témoins de ce monde virtuel :

Les souvenirs d’enfance

Les souvenirs de mon enfance sont tous bien ancrés dans le réel (même si c’est mon réel). Je me les représente comme ma chambre et des petits objets partout. J’étais une collectionneuse. Il y a eu les timbres, les pièces de monnaie, les billes, les pogs, les figurines en tout genre…

Mes parents avaient la télé, mais seulement les chaînes publiques. Ça veut dire 4 chaînes : la une, la deux, et 2 chaînes flamandes. Nous avions une antenne ni très efficace ni très jolie qui trônait sur le muret en haut du salon, qu’il fallait manipuler incessamment et placer exactement au bon endroit (au centimètre près) pour capter une image à peu près correcte. On a regardé Ici BlaBla, puis plus tard 21 Jump Street, Beverly Hills etc.

Mais quand je repense à mon enfance, c’est à mes amis que je pense, à mes jouets, à mes livres, bref, à mes expériences du réel. Je me souviens des aventures dans les rues du village avec mes amis. On faisait les 400 coups, on roulait à vélo, je les ai regardé essayer la cigarette pour la première fois. Je me souviens de la fois où on avait inventé un parcours d’obstacles dans mon salon et qu’on a défoncé un fauteuil.

1993 : premier ordinateur

Vers la fin 1993, début 1994 nous avons eu notre tout premier ordinateur familial (1 pour 4 personnes), un gros bazar. On y joue à Adibou via des disquettes (oulà l’ancêtre !). Plus tard, nous jouerons à SimPark et découvriront Vincent Van Gogh grâce aux CD-rom. Encore plus tard, on y jouera à Motor Racer et à Mario. Mon frère y jouera tellement qu’un jour, dans un accès de colère, je supprimerai le jeu de l’ordinateur. Déjà à ce moment-là, je supporte mal qu’une machine accapare toute l’attention d’un être humain, au point que ce dernier n’entende plus rien ni ne fasse plus rien.

A cette époque, se connecter sur Internet (c’est l’ADSL à l’époque) prend un temps fou et ça fait un bruit similaire à celui d’un fax. Le monde virtuel en 1995, c’est 16 millions d’utilisateurs (0,4% de la population mondiale), des pages web toutes moches et bariolées et une lenteur pas possible.

2001-2003 : premiers téléphones portables

Je suis en troisième année de secondaire, j’ai 14 ans et je reçois mon premier téléphone portable : un Alcatel. Un truc tout gris avec une antenne au bout et un écran orange. A l’époque on écrit avec le moins de caractère possible car on paye chaque sms. Tout le challenge consiste à dire tout ce qu’on veut dire en moins de 300 caractères !

Je m’extasie comme une fan des Beatles à chaque fois que j’entends un message arriver. C’est le fameux shot de dopamine que tout le monde reçoit à la moindre notification, like ou sollicitation numérique aujourd’hui. Le même shot que provoquait notre tamagotchi quand il avait faim (ou autre), les mêmes shots que provoquent les machines à sous dans les casinos. La récompense, le « on pense à moi », le « il a répondu ! ». Sauf que nous, on l’avait sporadiquement quelques fois par jour, peut-être 20 fois maximum.

A mes 16 ans, j’obtiens LE gsm à la mode : un Nokia, modèle 3510i qui sera mon fidèle compagnon de route pendant des années. Il peut déjà se connecter à Internet. On s’en sert pour télécharger des fonds d’écrans pixelisés (considérés à l’époque comme trop mignons), ou pour télécharger des sonneries. Je crois qu’à 90 ans je me souviendrai encore du bruit de mon Nokia 3510i.

Les années MSN

Au début, mon frère et moi découvrons MSN sur l’ordinateur portable familial installé dans le bureau. Après s’être battus pour jouer à Mario ou à SimPark, on se bat pour aller chatter sur MSN. MSN c’est quoi ? C’est un programme de messagerie instantanée, c’est l’ancêtre de Facebook Messenger. Toutes nos relations sociales d’adolescents y sont peu à peu transposées. Si avant nous nous envoyions des petits papiers, des lettres, des sms, maintenant nous discutons de nos histoires par chat. C’est une grande première depuis les premières chat rooms, publiques, de Caramail.

En 2007, MSN est toujours le programme de chat par défaut mais j’ai maintenant un ordinateur portable à moi. A ce moment-là je suis en Erasmus en Angleterre, je raconte ma vie par mail à 40 personnes. Je découvre Ebay et mon Erasmus est un gouffre financier.

Quelques mois avant mon départ pour l’Angleterre, mon amie Cassandre me parle d’un site web sur lequel elle s’est inscrite. Elle me le montre, ça s’appelle Facebook. Je ne comprends pas l’intérêt. Je me souviens lui répondre « donc c’est un peu comme ta carte d’identité sur Internet quoi ». Et donc ? J’ai pas compris. Pourtant dans le pays de Shakespeare, beaucoup d’étudiants y sont déjà, sur Facebook. Je m’y inscrirai pour garder contact avec eux. Après tout, ils n’ont pas tous MSN. Je ne me rends pas compte que MSN bientôt ça sera dépassé, oublié.

En 2009, je suis en Espagne et MSN est toujours là (mais pas pour longtemps). Nous n’avons pas le wifi dans ma coloc. On capte les réseaux WLAN des voisins du dessus et du dessous, quand on y arrive. On regarde Buffy et Sex and the City tout le temps, c’est l’époque de “Mega-je-ne-sais-plus-quoi”, un site de streaming où l’on doit parfois attendre 45 minutes avant de visionner l’épisode suivant.

Le smartphone, un  monde virtuel personnalisé

En 2011, ça fait déjà un bail que les smartphones ont fait leur entrée sur le marché belge. C’est l’apogée de Samsung. Mon coloc espagnol en a un avec un grand écran, il a même WhatsApp. Toujours est-il qu’à ce moment-là, je n’ai toujours pas de smartphone. J’ai tenu le coup avec mon Nokia 3510i, mais je fini par acheter un Samsung, un truc tout petit qui tient dans la poche. Un machin pas trop éloigné du Nokia. Un bazar qui ne fonctionnera jamais très bien car il ne sera jamais foutu de donner la bonne heure. Puis la 3G sera vite hors service, puis le GPS, puis le WIFI. Moins de deux ans après l’achat, il s’éteindra au moindre appel.

Le smartphone me fait découvrir Whatsapp, puis Instagram. Et puis c’est la spirale qu’on connait tous et toutes : de nouveaux smartphones sortent, plus beaux, plus performants, plus ceci, plus cela. De nouveaux réseaux sociaux apparaissent. Le monde virtuel s’étoffe : il y a de plus de plus de raisons de consulter son smartphone et Internet.

En 2016, je me lance dans la communication web et découvre peu à peu les rouages d’Internet, ses outils, son modèle économique. Je travaille beaucoup, je me sens souvent surchargée, épuisée. J’ai l’impression de ne pas avoir assez de temps, qu’il me file entre les doigts. Je commence à me poser des questions. Je suis constamment derrière un écran.

La reconversion du monde virtuel au réel

Nous sommes en 2019. Je suis en weekend aux Pays-Bas avec mes parents, on a loué des vélos. Je lis un livre qui s’appelle “La civilisation du poisson rouge“, de Bruno Patino. C’est un moment charnière dans mon questionnement, et dans ma manière d’utiliser les écrans. Cela fait déjà quelques mois que Séverine et moi en parlons et pensons à faire un projet commun en lien avec l’éducation aux médias. Cela fait partie des sujets sur lesquels plus tu en sais, moins tu peux revenir en arrière. Merci Bruno :o)

Un an plus tard, je découvre et teste le minimalisme digital, avec une expérience de déconnexion consciente. Le minimalisme digital, c’est ce qui me fera passer de la première photo ci-dessous à la troisième en quelques mois.

Cette expérience me fait redécouvrir le réel dénué du virtuel, avec intérêt et parfois avec désarroi. J’expérimente d’être juste là, sans petite machine dans la poche, sans accès au savoir illimité. Juste moi avec ma mémoire, ma bonne volonté et ma curiosité. J’ai l’impression de passer des obstacles et que ça m’enrichit : demander des informations aux gens, voyager avec une carte en papier, regarder par la fenêtre du train.

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, j’ai envie de parler, d’échanger sur ce monde virtuel. J’ai l’impression que nous en sommes un peu prisonniers, qu’il fait de nous des êtres plus isolés, plus auto-centrés, moins tolérants. Je trouve ce monde virtuel démesuré. J’ai envie que nous, citoyens, puissions le questionner, le critiquer (dans le sens constructif du terme). Je ne prétends ni ne veux m’opposer à la technologie ou au numérique, mais j’y vois des excès et je veux participer à rétablir un certain équilibre. Cette démarche est sans cesse enrichie et renforcée par de nombreuses lectures et découvertes (j’ai commencé à les répertorier).

Voilà pourquoi Séverine et moi organisons des ateliers sur la déconnexion. Voila pourquoi nous militons, à notre échelle, pour un droit à la déconnexion.

 

>> Les prochains ateliers sur la déconnexion